Street Fighter 2, pourquoi il a révolutionné le genre !

Street Fighter 2, pourquoi il a révolutionné le genre !
Exposition

Comment proposer un autre regard sur un titre dont tout le monde a déjà parlé mille fois, l'une des oeuvres majeures du jeu vidéo ? Que dire de plus sur Street Fighter 2 qui n'aurait été dit ? La problématique d'un rédacteur parlant d'un jeu que l'on connaît tous sur le bout des pixels. Street Fighter 2, la simple évocation de ce nom rappelle un écho distant d'un passé qui semble lointain. L'âge d'or du jeu vidéo pour certains.

1991, le petit Panou entre dans la chambre de son frère. Du haut de ses quatre toutes petites années, il est déjà submergé par la culture du jeu vidéo, il vit dedans... Bon stop ! Coupez ! On avait dit un article différent, pas une autobiographie, c'est du déjà vu, dehors ! Pour parler de Street Fighter 2, il faut un bandana de Ryu autour de la tête, sinon c'est du faux.

Revenons à nos moutons : Street Fighter 2. Fondamentalement c'est quoi Street Fighter 2 ? La première image qui me vient à l'esprit quand je parle de Street Fighter 2, c'est immanquablement un Ryu faisant un Dragon Punch en criant « Shô Ryû Ken ».

Qu'est-ce qui peut se passer dans la tête d'un joueur quand il « rencontre » Street Fighter 2 pour la première fois, avec une certaine incrédulité ? Ce qu'il voit, c'est que ça en jette un max : graphismes de folie, sprites gigantesques, et 6 boutons pour jouer, y'a pas à dire le CPS, ça en jette. Du jamais vu. Les squatteurs des salles de jeu ont déjà fait la connaissance de Final Fight, le Double Dragon du futur à l'époque. Mais en jeu de combat, le dernier qui s'insinue dans la mémoire est Pit Fighter, avec ses personnages digitalisés. Mais à la différence de ce dernier, Street Fighter 2 a été frappé par le dieu du gameplay d'une emprunte indélébile.


Un gameplay en or

Street Fighter 2 est un formidable concentré de gameplay, de créativité et d'équilibrage. À l'époque, on ne distinguait pas toujours clairement les personnages. Il n'y avait pas de différences fondamentales dans les personnages de Double Dragon (aucune en fait) ou de Final Fight (un peu plus). Street Fighter 2 a propulsé la caractérisation des personnages dans un autre univers. Chaque personnage a son propre gameplay, ses propres coups qui impliquent une manière de jouer. Ryu et Ken sont des personnages équilbrés, Guile se fait le spécialiste du camping, Zangief a besoin de s'approcher pour faire un maximum de dégât avec ses prises, Dhalsim doit gérer ses coups par rapport à leurs portées, Chun Li est la reine dans les airs... Pourquoi ces choses nous semblent-elles aujourd'hui si évidents et pas à l'époque ? Parce que Street Fighter 2 !

Chaque personnage était différent visuellement, se jouait différemment en terme de stratégie et avait ses propres manipulations. Parlons justement de ces manipulations : quoi de plus naturel aujourd'hui qu'un quart de cercle à la manette ? Quoi de plus étrange à l'époque que d'effectuer un bas, bas/droite, droite au stick suivi d'un bouton ? En l'espace de quelques années, Street Fighter 2 est devenu ce que l'on appelle un standard, un point de référence. La complexité du gameplay de Street Fighter 2 est réelle. Possibilité de combo, suites de coups qui mettent K.O. L'adversaire, priorités, « cross up », garde, variété des possibilités... C'est un gisement de trouvailles et de gameplay qui est offert pour la modique somme d'une pièce de cinq francs.


Choc émotionnel sans précédent !

Street Fighter 2 m'a envoûté, m'a fait rêver. Un choc visuel : violent et réaliste, il m'a laissé des images que je considérais comme violentes à l'époque. La respiration des personnages m'a profondément marqué. Ces personnages semblent si réels et pourtant leurs coups sont démesurés. « Ça doit faire mal ça », me disais-je, un peu crédule. Le simple fait de voir ces personnages respirer a développé en moi une empathie. Ils semblent réels, ils sont si détaillés, ils parent, ils encaissent les coups avec douleur, ils ont mal quand on les tape, ils crachent leurs tripes, ils sont blessés à la fin d'un combat, en deux mots, ils respirent la vie... Jamais jusqu'à présent des personages n'avaient suscité un tel bouleversement. Les mimiques de Chun Li sont si mignonnes... Les mouvements sont spectaculaires, les personnages bénéficient de nombreuses frames d'animation pour chaque mouvement et les décors brillent de mille détails. L'avancée technologique a offert un nouveau visage au jeu vidéo, une nouvelle dimension. Street Fighter 2 imite la réalité et l'amplifie. Les bruits des coups sont exagérés, les impacts sur les personnages font mal, tout impressionne.


La continuité dans la richesse

J'ai presque grandi avec Street Fighter 2, mon premier jeu de combat. J'ai découvert sa richesse, son art, sa portée. Aux simples images de violences s'est substitué l'apprentissage des finesse du gameplay. Car depuis sa sortie, il est devenu la coqueluche des salles de jeu, tout le monde n'a d'yeux que pour cette petite merveille inépuisable. La découverte de la bête sous toutes ses facettes continue. Street Fighter 2 n'est qu'un jeu et sa découverte passe désormais par sa maîtrise. Le jeu est redevenu jeu. L'excitation a remplacé le choc.

En l'espace de quelques parties, j'étais officiellement devenu un Ryu, comme tant d'autres : la Voie, le chemin, le perfectionnement, l'art du combat, la renaissance du Miyamoto Musashi en chacun de nous. Avec Street Fighter 2, le jeu vidéo devenait une interface pour l'affrontement. La confrontation esprit contre esprit, dextérité contre dextérité, le théâtre d'affrontements éternels. Il fallait être le meilleur, peu importe les moyens, il fallait afficher sa supériorité. Quand deux joueurs s'affrontaient, ce n'était plus un jeu mais une interface où l'on pouvait se mesurer à loisir, tester sa dextérité, sa connaisance du jeu et finalement vaincre ou périr. Le gagnant reste en piste.

Le gameplay de Street Fighter 2 peut se résumer en deux mots : richesse et équilibrage. Chaque personnage avait ses forces et ses faiblesses, il y avait moyen de faire quelquechose avec tous les personnages, même si certains étaient plus simples à manipuler que d'autres. Capcom avait compris que si le plaisir de la découverte finit par s'estomper, un gameplay riche, avec une grande marge de progression, a un potentiel de durée de vie quasiment infini. L'idéal pour les salles de jeux car il n'y a jamais de véritable fin. Tant qu'il y a des joueurs, tant qu'il y a du challenge, il y a du jeu.

Chaque joueur pouvait devenir un Ryu. Ce personnage complètement neutre du guerrier, sans personnalité, qui s'entraîne inlassablement pour devenir le plus fort et affronter de nouveaux personnages (« The fight is all »). Le perfectionnement devient un style de vie. Rapidement la connaissance du jeu s'est développée. Il y avait de la matière en abondance et les joueurs ont manière cette matière pour devenir les plus forts. Les techniques ont afflué, des plus simples aux plus évoluées. Le petit coup de Guile dans le coin suivi d'une projection, la tenue à distance de l'adversaire avec des Hadôken bien calculés un Shôryûken punitif au moindre saut, les coups de pied de Chun Li dans les airs pour casser à peu près n'importe quoi, la technique du gros coup de pied sauté suivi d'une grosse balayette, les enchaînements capables de mettre l'adversaire K.O. (et éventuellement re-K.O.). Des techniques se sont développées, des habitudes de jeu et évidemment des contres pour faire face à ces techniques. Devenu un Ryu, le joueur vit pour combattre et combat pour vivre. Street Fighter 2 est là, monolithique, offrant aux joueurs des joies qui semblent intarissables.


Echo d'une légende passée

Quinze années après, que reste-t-il ? L'eau a coulé sous les ponts, le jeu vidéo et les joueurs ont changé. Mais il n'est pas question de faire état de ces changements. Des balades dans les salles de jeux, on passe aux déambulations sur le net. Le moindre screenshot ou gif animé d'un Dragon Punch suffit à m'émouvoir. Street Fighter 2 n'est jamais bien loin, il est toujours quelquepart tout près. J'aurais pu réellement grandir AVEC Street Fighter 2, mais mon seul regret est de ne pas être né 2 ou 3 ans plus tôt. Cependant, malgré mon jeune âge lorsque pour la première fois je dirigeais Ryu est ses acolytes (4/5 ans), je l'ai vu de différentes manières, et il n'a jamais quitté mon esprit. Street Fighter 2 a changé la vision que j'avais des jeux vidéo quand j'ai pu m'y essayer pour la première fois, jusqu'à un point que je ne peux même pas imaginer.

Il m'a fait découvrir qu'il pouvait exister un véritable esprit de compétition dans le jeu vidéo, il m'a fait rencontrer des adversaires, puis des amis, et finalement un entourage. Les vertues socialisatrices du jeu vidéo ne sont plus à démontrer. J'aurais bien voulu en avoir honte, mais Street Fighter 2 m'a tellement donné que je n'ai aucune raison de le faire à mon tour, au contraire.


Street Fighter 2 forever...

Mais il n'y aura jamais qu'un seul Street Fighter 2. On ne compte plus les séquelles mais on compte encore moins les clones et jeux qui se sont inspirés du maître, parfois pour trouver leur propre voie. Street Fighter 2 n'est pas un jeu, c'est une légende qui ne meurt pas, à l'instar de son héros, capable de partir chercher des adversaires jusque sur la lune. Street Fighter 2 est définitivement l'un des plus grands jeux de l'histoire, ne serait-ce que par son impact.
# Posté le mercredi 13 septembre 2006 16:44

Les ricains

De tous les peuples décadents, depuis les Juifs jusqu'aux Juifs, un seul parvient depuis maintenant plus de 200 ans à battre sans cesse les records de connerie.

Ce peuple est celui des Américains.

Comment peut-on aimer les Américains ? Et que l'on ne vienne pas dire que l'on n'a juste aucun avis sur eux ; quelqu'un qui ne hait pas les Américains les aime et leur voue un culte sans fin, un point c'est tout.

D'abord les Ricains sont obèses. Premier signe de connerie. C'est comme le nez crochu chez les Juifs ça.

Ensuite ils sont cons. Deuxième signe de connerie.

Nous, le Front Antiaméricain, allons démontrer ici et maintenant pourquoi les Ricains sont des débiles et doivent subséquemment être exterminés.

Pour commencer, ils élisent des cons. Bush est un con, donc le peuple qui l'a amené au pouvoir est un con. Le peuple américain soutient évidemment toutes les décisions de son Président ; tout le monde là-bas adore aller faire la guerre et est aveuglé par la religion.

Pourtant, le peuple américain a tort d'aimer son Président. N'oublions pas que c'est ce dernier qui a organisé les attentats du 11 septembre. C'est brillamment démontré dans un documentaire, Loose Change, réalisé par un étudiant dans sa chambre — pour vous dire que tout ça est bien plus crédible que tout —.

Si adhérer à la version officielle du gouvernement au sujet de ces attentats est bel et bien une preuve d'aveuglement, il ne faut en voir aucun dans le crédit sans limite que nous accordons à ce documentaire qui analyse des images floues et prouve ce qu'il veut prouver — comme le gouvernement américain peut le faire également, sur la base de ces mêmes images.

L'administration américaine a sciemment détruit le WTC et tué 2000 personnes dedans ! Aucun avion ne s'est écrasé dans le Pentagone ! Je peux vous le dire moi-même, vu que j'y étais pas.

D'ailleurs j'ai jamais foutu les pieds là-bas. Oh mon Dieu non. C'est trop pourri ce pays, j'irai jamais. La preuve que c'est pourri, c'est que j'irai pas voir moi-même si ça l'est vraiment.

Moi, j'ai le courage de critiquer les Etats-Unis impérialistes et de dénoncer les manipulations de l'administration Bush depuis mon ordinateur, à 5000 kilomètres de New York.

De toute façon j'adhère par défaut à toute théorie qui remet en cause le gouvernement américain. Cette théorie peut déclarer qu'Armstrong n'a jamais foutu le pied sur la Lune, que la CIA a abattu Kennedy ou que Bush est en réalité un Roswell ; peu importe, moi je la suis et la défends parce que les Etats-Unis m'exaspèrent et je veux lutter contre eux.

Au départ, j'ai dit que les attentats du WTC étaient bien fait pour leur gueule, à force de se prendre pour les gendarmes du monde ; j'ai pu cracher sans sourciller sur la mort de 3000 personnes. Aujourd'hui, je sais que ces 3000 pauvres victimes ont été assassinées au nom de la barbarie du gouvernement américain, qui voulait faire sa pub.

De toute façon Bush est un fasciste. Et qui d'autre qu'un peuple fasciste peut élire un président fasciste ? Nous au moins on n'est pas comme ça. C'est pas comme si Le Pen avait eu 20% aux dernières élections. (Chez nous, le seul vrai fasciste est Sarkozy. Je sais pas pourquoi en fait, j'en ai pas la preuve, mais je le sais, c'est tout, c'est trop évident. De toute façon tout le monde le dit, hein, donc ça doit être vrai.) Et puis Bush est aussi un sale catho extrémiste. Ces gens-là ne connaissent pas la laïcité, et la religion catholique, comme l'Islam, pousse naturellement au fanatisme.

La preuve que Bush est un fasciste, c'est que la liberté d'expression est bâillonnée là-bas. Je le sais, personnellement j'ai jamais pu dire un seul mot aux Etats-Unis. C'est pas une preuve ça ? Je sais que je n'y suis jamais allé non plus, mais ne chipotons pas, s'il vous plaît.

Car en effet, personne ne peut parler ! Aucun artiste n'ose s'attaquer au gouvernement ! à part peut-être Michael Moore, Sean Penn, Woody Allen, Lou Reed, Neil Young, et des centaines d'autres, mais au final c'est très peu. Et la télévision est censurée ! A-t-on vu une seule série là-bas qui ose véhiculer la théorie — ou plutôt la vérité — du complot gouvernemental ? Certes il y a X-Files — mais qui est une toute petite série, pas très regardée — et beaucoup d'autres, mais finalement c'est peu.

Qui plus est, le peuple américain a des habitudes débiles que je ne supporte pas, pour ne pas avoir à les subir au quotidien. D'abord ils bouffent comme des porcs jusqu'à devenir obèses. Et puis surtout, ils n'ont aucun recul sur eux ; pas seulement à cause de cette obésité, mais aussi et surtout parce que les artistes là-bas n'ont pas de talent ; aucun film ou livre ne s'attaque au mode de vie américain. Little Miss Sunshine, les films de Woody Allen, American Beauty pour le cinéma ; American Psycho, Glamorama, Fight Club pour la littérature, ne sont que des petits exemples parmi des toutes petites centaines, ridiculement minuscules.

Je suis pas xénophobe, mais j'ai aussi du mal à supporter l'impérialisme américain. C'est vrai qu'ils s'imposent chez moi sans que je puisse rien faire ; je suis prêt à renier ma liberté de consommateur pour avancer l'idée que tout est américanisé autour de nous. C'est vrai, il n'y a plus rien de français en France, et tous les Français pensent comme moi. (Ce qui est quand même relativement fou, puisqu'au final on est dans un pays où les gens sont tous américanisés tout en étant fiers d'être français.)

Et c'est vrai que nous sommes envahis par les Ricains ! On se tape tous leurs bouquins et leurs auteurs minables — enfin tous minables à l'exception de Dan Brown, parce que lui il attaque le Vatican, et j'aime bien aussi qu'on attaque le Vatican, c'est aussi bandant que d'attaquer les Etats-Unis —. On se tape tous leurs blockbusters, comme on dit quand on ne parle pas français — et en français on dit grosse machine, ce qui est autrement plus élégant —, que je vais quand même voir parce qu'ils sont divertissants, mais bon.

Je pense avec tout ça vous avoir convaincu que les Américains doivent mourir.

Je suis contre la guerre, mais je pense qu'il faut envoyer une bombe nucléaire là-bas.

Pour l'extermination des Américains et contre le racisme qu'ils diffusent tous autant qu'ils sont !

Evidemment, tout ce que je viens d'énoncer est aussi vrai que l'eau est transparente, et ne saurait être remis en doute. Je sais mieux que tout le monde, ici et maintenant, ce qui se passe vraiment aux Etats-Unis et pourquoi ce pays est pourri.

D'une manière générale, je suis touché par le syndrome courant du « j'établis moi-même dans ma chambre des théories politiques et des scénarii de l'avenir mondial sur la base, non pas du peu que je sais, mais plutôt du tout ce que je ne sais pas ».

Cette attitude trouve son explication dans l'état actuel de la société de communication : l'objectif originel et défendable qui consistait à permettre à chacun, à travers la mine d'informations auxquelles il pouvait accéder, de se forger une opinion, est devenu sans s'en rendre compte l'obligation tacite, pour tout citoyen, d'avoir un avis sur tout.

Nous voulons tous savoir la vérité — bien légitimement — ; nous oublions toutefois au passage que le doute n'est pas un état de faiblesse mais au contraire un état de force, et que celui qui doute est toujours plus malin que celui qui ne doute pas. Pour nous, il est absurde de douter, parce que tout dans les médias nous permet de penser quelque chose de ce que nous voyons. Et nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir d'avis sur telle ou telle chose, parce qu'il est inconcevable, dans une discussion, qu'un interlocuteur puisse déclarer « Désolé, mais je préfère ne rien dire parce que je ne m'y connaît pas assez » ; ce serait de sa part une preuve de lâcheté, un défilement honteux, une trahison qui lui interdirait toute prise de parole dans un quelconque autre débat — n'oublions pas pourtant que son avis, comme le nôtre, ne changera jamais rien à la face du monde.

L'hypocrisie des médias consiste à nous faire croire qu'ils nous aident à avoir une opinion ; en réalité ils nous y obligent, parce qu'eux mêmes, ne doutant jamais de ce qu'ils avancent, nous convainquent que le doute ne peut pas être permis, et au final les cons vainquent.

L'exemple le plus symptomatique et révélateur de cette démagogie est le concept des ralentis lors des matchs de foot. En nous repassant la même action cinq fois sous tous les angles, nous sommes plus à même de savoir s'il y a faute ou pas que l'arbitre lui-même, sur le terrain. La télévision flatte notre volonté de connaître la vérité en nous disant « c'est à vous de juger », sous-entendu l'arbitre ne peut pas le faire. Et il est évidemment impossible, en regardant un match avec des gens, de ne pas avoir d'avis sur la vidéo que l'on voit de voir et sur la vérité de la faute.

Ce cas s'applique à l'ensemble des images et sons que nous diffuse la télévision. Lorsque le gouvernement américain nous sort sa vision officielle des attentats du 11 septembre, nous sommes en droit de douter, comme face à toute déclaration de tout gouvernement. Mais nous haïssons le doute, et plutôt que de rester ne serait-ce qu'une semaine dans l'incertitude de ce qui s'est passé là-bas, nous préférons avaler sans réfléchir tout documentaire se proposant pour commencer de démonter la thèse gouvernementale, et de donner sa propre thèse — dès lors considérée comme certainement vraie — en remplacement. Car aucun documentaire n'aura les couilles de se contenter de démontrer les contradictions du rapport officiel et de s'arrêter là en disant « voilà ce dont nous sommes certains, restons-en là ». Non, il faut aller plus loin, et pour frapper fort et être le plus vu possible, il faut à tout prix avoir sa propre théorie, même si on n'a pas encore de quoi l'étayer.

Nous sommes victimes du même aveuglement que celui que nous reprochons à ceux qui gobent tout ce que dit un gouvernement : nous gobons tout ce que dit quelqu'un qui est contre le gouvernement.

Notre désir de vérité se transforme en une dangereuse occultation du devoir de douter.

Le doute est le seul radeau auquel nous pouvons nous raccrocher en étant certains qu'il ne chavirera jamais.

Il ne doit pas pour autant être une fin en soi, car ce serait faire de lui une vérité par défaut également.

Il doit juste être l'intermédiaire nécessaire qui nous aide à rester à notre place plutôt qu'à parader pour roucouler ce qu'on ferait à celle des autres.




Note de l'auteur : Bien évidemment, comme les plus malins l'auront compris, tout ceci est à prendre au second voire troisième degrès.. Voyez-y plutôt une critique de tous ces **** d'anti-américains primaires, en se mettant dans la peau de l'un des leurs.
# Posté le dimanche 24 septembre 2006 18:01
Modifié le lundi 25 septembre 2006 16:25

[Poursuites] Un accident attendant d'avoir lieu (réédition)

(Le prochain texte étant la suite directe de celui-ci, je l'ai repris et quelque peu revu, afin de vous le remettre en tête et d'en fournir une version un peu meilleure que celle d'avant.)


Il a plu toute la nuit.


Et nous sommes montés en voiture, elle au volant, moi à sa droite.

Autour de nous, le noir, la forêt et ses arbres dénudés par l'hiver ; devant nous, la route, sans véritable début ni fin.


Nous étions en train de rompre, c'était une évidence ; et je n'ai pas pu empêcher ces vers de Morning Bell, sur l'album Kid A de Radiohead, de revenir à mon esprit :


Morning Bell


Light another candle and

Release me


You can keep the furniture

A bump on the head

Howling down the chimney

Please

Release me


Where'd you park the car

Clothes are on the lawn with the furniture



Alors, par nostalgie, et parce que ces mots nous correspondaient trop, j'ai inséré Kid A dans le lecteur CD, en sachant très bien que cette perle noire n'aiderait pas nos esprits à prendre une tournure festive.


Everything in its right place

Yesterday I woke up sucking a lemon



Alors que la voix étouffée et lacérée qui accompagne le début d'Everything in it's right place laissait la place à celle épurée de Thom Yorke, elle m'a dit :


« Je te raccompagne chez toi, et après on convient qu'on ne se reverra plus. D'accord ? »


Je ne pouvais pas être entièrement d'accord avec cette proposition. Moi j'avais envie de tout reprendre avec elle, de faire ma vie en sa compagnie, de lui faire oublier ce que j'avais fait, de lui faire des enfants, de lui faire l'amour, bref de faire ; pourtant, sans bien comprendre ce qui me passait par la tête, je lui ai répondu :


« OK. De toute façon c'est ce que je comptais faire. »


On a démarré, commencé de rouler. J'ai allumé une cigarette ; elle aussi. Je me tournais régulièrement vers elle pour jeter un ½il à son visage et tenter d'analyser ce à quoi elle pouvait bien penser.


Je ne savais pas trop comment on en était arrivés là ; mais en y réfléchissant, je me suis dit que notre couple avait en fait été, depuis le début, un accident attendant d'avoir lieu.


Kid A


I slip away

I slipped on a little white lie



La lumières des phares transperçant la pluie qui filait sur nous a transformé les gouttes en une myriade d'étoiles filantes. J'ai regardé la pluie s'écraser sur notre pare-brise et créer des rivières se dirigeant vers les bords de celui-ci, et l'ombre de ces rivières a dessiné sur elle des larmes noires s'écoulant le long de ses joues et sur sa poitrine ; pourtant elle affichait un air doux, presque souriant.


Nous roulions depuis un moment, le temps nécessaire à ce que The National Anthem se lance, quand nous avons aperçu des phares dans le rétroviseur. En soi, ça n'avait rien d'étonnant ; ce qui l'était, c'était la vitesse à laquelle ils semblaient se rapprocher de nous.


En quelques secondes, ils se sont trouvés à quelques mètres derrière la voiture. Elle a accéléré, en même temps que l'avalanche de cuivres de la chanson a déferlé sur nos oreilles. Le véhicule qui nous suivait a accéléré à son tour pour nous coller au train. Nous devions rouler à 130 kilomètres par heure, sur une minuscule route de campagne perdue dans le Massif Central ; et il devenait évident que la voiture de derrière avait envie de nous emmerder, de nous provoquer, voire de nous pousser à l'accident.


J'ai été stupéfait de l'agilité dont elle faisait preuve au volant : elle enchaînait les courbes et virages sans trembler, sans la moindre erreur ; notre auto semblait flotter à quelques centimètres du sol, évoluer avec grâce et sans heurt. Pour autant, la voiture qui nous poursuivait ne montrait aucun signe de désistement ; avec la même agilité, son conducteur restait collé à nous, comme si nous dessinions un rail auquel il s'était greffé et qui l'empêchait de décrocher.


How to disappear completely


I'm not here

This isn't happening



Alors que le disque arrivait sur How to disappear completely, elle m'a dit, avec un sourire paisible :


« Je crois que nous allons mourir cette nuit. »


J'ai eu envie de lui dire que non, qu'elle conduisait parfaitement et que notre poursuivant allait se lasser, comme dans la pub pour les pâtes Barilla, mais je me suis abstenu, pour éviter de la déconcentrer.


Optimistic


If you try the best you can

The best you can is good enough



J'ai ouvert un paquet de chips, j'ai commencé à en grignoter quelques unes. Elle m'a demandé de lui en passer ; je les lui ai présentées directement devant la bouche, comme des hosties. Je faisais tout ça comme si rien n'était anormal, comme si tout allait de nouveau bien entre nous.


Derrière, l'auto continuait de nous suivre à la trace, nous donnant parfois des coups dans l'arrière-train.


Je me suis dit que la sodomie automobile n'était pas vraiment une pratique sexuelle qui m'attirait, et c'était un message que j'avais envie de faire comprendre à celui qui nous poursuivait.


Idiotheque


This is really happening

Happening



Je me suis demandé qui pouvait d'ailleurs nous en vouloir comme ça. Etait-il un homme ? Une femme ? Un vieux ou un jeune ? Un humain ou un animal, ou bien encore la voiture elle-même, vide de conducteur ?

Peut-être était-ce le passé de notre couple qui nous rattrapait, les erreurs que j'avais commises qui revenaient à la charge, ou bien sa ranc½ur à elle qui voulait tout effacer de nous.


Motion Picture Soundtrack


Red wine and sleeping pills

Help me get back to your arms

Cheap sex and sad films

Help me get back where I belong


I think you're crazy, maybe


I will see you in the next life


Beautiful angel

Pulled apart at birth

Limbless and helpless

I can't even recognize you

I will see you in the next life




Nous venions de finir le paquet de chips et le CD commençait de s'achever sur Motion Picture Soundtrack. Elle semblait toujours aussi calme, sûre d'elle et de sa capacité à nous sauver ; à moins que son air assuré ne provînt de sa certitude que nous vivions nos dernières minutes, et son calme du fait qu'elle avait déjà accepté cette idée et qu'elle la voyait comme la plus belle chose pouvant nous arriver.


La harpe électronique de la chanson a disparu dans le silence qui précède la virgule finale de l'album ; nous sommes arrivés au abords d'un virage serré. Je ne sais pas si ç'a été volontaire de sa part, mais ce virage, nous l'avons loupé. La voiture a filé hors de la route, et en la sentant quitter le sol j'ai compris que nous étions au bord d'un ravin.


Nous avons plané quelques secondes, pendant lesquelles j'ai allumé une cigarette, pendant lesquelles elle s'est regardée dans le rétroviseur, et pendant lesquelles la virgule finale de Kid A s'est envolée.


A ma droite, j'ai vu passer devant la lune et nous doubler la voiture, identique à la nôtre, qui nous avait poursuivis et avait décollé avec nous.


J'ai vu la personne qui se trouvait dedans.


C'était elle, avec le même sourire doux, calme et sûr qu'elle avait affiché pendant toute cette poursuite. Elle m'a regardé de la même façon qu'au début de notre histoire, quand nous avions l'existence devant nous.


J'ai regardé à ma gauche.


Elle était toujours là, mais elle pleurait. Elle s'est tournée vers moi, et son regard était empli de tous les reproches qu'elle n'avait jamais osé me faire, de tout ce qu'elle n'avait jamais voulu me dire pour éviter à notre couple de mourir, de toute la souffrance qu'elle avait endurée pour nous faire survivre.


Notre voiture a cessé de planer et a pris de l'altitude, tandis que l'autre, celle ou se trouvait son visage souriant, a décroché de notre trajectoire pour sombrer dans l'obscurité, et s'écraser dans la forêt en contrebas


Nous nous sommes envolés. Et il a plu toute la nuit.
# Posté le dimanche 15 octobre 2006 14:03

[Poursuites] Une lune pleine d'étoiles et de voitures astrales

Combien de temps avons-nous volé de la sorte ? Il m'est difficile de le dire précisément. Nous avons eu le temps, en tout et pour tout, de fumer trois cigarettes chacun, dans le silence de la voiture abandonnée par les ondes musicales de Kid A. Elle se tenait toujours sur son siège, les mains posées sur le volant, mais pas crispées, simplement de manière à être prête au moment de reprendre le contrôle du véhicule — car enfin, nous n'allions pas nous laisser guider infiniment de cette manière. Elle avait cessé de pleurer, mais son visage portait les stigmates de sa tristesse, et elle ne semblait pas plus apaisée. J'aurais tout donné à ce moment pour retrouver le visage souriant de son double.


Quelques secondes après que la voiture où se trouvait son double a commencé de chuter, j'ai pu voir au sol, en ouvrant ma fenêtre et en passant ma tête, un petit flash lumineux émerger de la forêt que nous survolions. A bien y regarder, cette forêt était entourée de montagnes abondamment peuplées d'arbres divers, qui pouvaient aussi bien être des feuillus que des conifères, pour ce que j'en avais à foutre.


Après quelques minutes, sans qu'aucun de nous deux n'ait fait quoi que ce soit, nous avons senti que la voiture se déséquilibrait.

Nous avons vu à travers le pare-brise le ciel sortir de notre champ de vision par le haut tandis que la forêt rentrait par le bas ; indubitablement nous tombions, comme je le lui ai fait remarquer à ce moment-là.


J'ai vu la forêt se rapprocher à la vitesse d'une voiture sans freins, sauf que la voiture sans freins, c'était moi qui me trouvais dedans.

Je ne sais pas quelle a pu être sa réaction à elle ; pendant ces quelques secondes je l'ai oubliée.


Je me suis réveillé avec l'impression d'être partout et nulle part à la fois. J'étais hors de la voiture ; à l'évidence j'avais été éjecté, ou bien quelqu'un m'en avait tiré. La pluie n'avait pas cessé, et la nuit ne semblait pas lassée de durer. Allongé le nez sur le sol, j'ai commencé par m'asseoir pour m'aviser de l'environnement.


J'étais dans une forêt, mais pas dans une forêt classique. Les arbres étaient un entremêlement de fils de fers qui semblaient émerger du sol et se nouer pour bâtir un ensemble concret. Leurs branches barbelées étaient nues et dessinaient des bras squelettiques qui donnaient l'impression de vouloir se tendre le plus loin possible, de chercher une chose à laquelle s'agripper pour se détacher du tronc de fer qui les retenait. De quelques branches s'échappaient un fil de fer qui allait jusqu'à une autre branche ; ainsi tous les arbres étaient connectés et un tissage métallique se dessinait à trois mètres du sol. Le sol était couvert d'un tapis de feuilles transparentes, comme faites en verre. Le bruit de la pluie s'écrasant par terre sonnait comme si elle tombait sur des boîtes de conserves.


De la musique s'est mise à émerger de partout et à m'englober.


J'ai reconnu les sons de boîtes de conserves qui ouvrent Packt like sardins in a crushed tin box, première chanson d'Amnesiac, l'album de Radiohead qui suit Kid A.


J'ai soudainement pensé à elle. Depuis mon réveil, je l'avais oubliée, je ne m'étais même pas demandé ce qu'il pouvait être advenu d'elle. J'ai regardé dans la voiture ; nulle trace de sa présence ne subsistait.


Je me suis mis en route à travers les arbres, tentant de me tenir le plus possible à distance d'eux.


Le disque ne devait pas être diffusé dans le bon ordre ; immédiatement aprèa la fin de Packt like sardins, j'ai entendu Pulk/Pull revolving doors et son cortège de sons étranges et saccadés, qui donnent l'impression au début d'avoir un problème auditif.


There are doors that open by themselves

There are sliding doors

And there are secret doors

There are doors that lock

And doors that don't

There are doors that let you in and out

But never open

And there are trapdoors

That you can't come back from



Etait-ce ma vue qui foutait le camp ou la forêt qui était plus étrange encore que je ne le pensais ? Les arbres disparaissaient régulièrement pendant un dixième de seconde avant de réapparaître ; l'environnement m'a alors semblé particulièrement instable, vibrant comme sur une pellicule datant des années 20, fonctionnant de manière saccadée, comme si chaque arbre était éclairé en permanence par un projecteur qui s'éteignait régulièrement pendant un laps de temps très court. Ce phénomène, appliqué à tous les arbres, aurait tué un épileptique assez rapidement.


J'ai marché quelques minutes, le temps que la muette Hunting Bears vienne et reparte, quand je suis arrivé dans une sorte de clairière, assez vaste.


Knives Out . Je me suis avancé ; des voitures calcinées jonchaient le sol. Dedans j'ai aperçu des corps, toujours un homme et une femme, qui pouvaient avoir mon âge, ou pas, à vrai dire il était impossible d'en faire le constat. Il pouvait y avoir quelques centaines de véhicules écrasés ici ; il m'a immédiatement semblé qu'ils avaient connu le même sort que le nôtre. Peut-être même que la voiture où se trouvait le double s'était écrasée dans les coins ; avec de la chance je pourrais éventuellement repartir avec la même fille, mais souriante et heureuse.


Je me suis replongé peu après dans la forêt.


Dollars and Cents. J'ai aperçu à quelques dizaines de mètres une silhouette féminine se faufiler à travers les arbres. J'ai couru pour la rattraper, pour la rejoindre ; j'ai couru pour savoir qui c'était, si c'était elle.


Nous avons couru tout le temps de la chanson. Au moment où je n'étais plus qu'à deux mètres sur ses talons, et où j'ai su que c'était elle parce qu'elle portait ses vêtements et son odeur et son corps et ses cheveux, elle a bifurqué brusquement à droite derrière un arbre, et je l'ai perdue de vue.


Essoufflé, paumé, ne sachant plus où aller, je me suis dirigé n'importe où.


You and whose army. Trempé par la pluie, j'ai levé les yeux au ciel. Il n'y avait aucun nuage au-dessus de moi, et je me suis rappelé que je n'avais pas vu un seul nuage de la soirée bien qu'il n'ait jamais cessé de pleuvoir. La lune me surplombait, énorme ; elle était entourée d'étoiles et je voyais passer devant elle des taches noires de la taille de mouches. En y regardant de plus près, je me suis rendu compte qu'il s'agissait de voitures qui volaient au-dessus de la forêt.


J'ai pensé aux couples qui étaient sûrement en train de se déchirer dans ces voitures, aux histoires pleines d'espoir qui y prenaient fin, aux regrets partagés par ces gens qui passaient à cinq-cent mètres au-dessus de moi. Et j'ai pensé à mon couple, à mon attitude qui, loin d'en avoir empêché la dégradation, l'avait même provoquée par abandon ; et j'ai pensé à ce que j'aurais du faire, à ce qu'elle avait attendu de moi, à la force avec laquelle elle avait du m'aimer et croire en moi, et à la force de la déception que je lui avais donnée en retour.


Like Spinning Plates

I'm being cut to shreds.

You feed me to the lions,

a delicate balance.

When this just feels like spinning plates.

I'm living in cloud cuckoo land.

And this just feels like spinning plates

Our bodies floating down the muddy river.



J'ai rabaissé la tête, regardé vers ma gauche.


J'ai vu, à cent mères environ, au bout du chemin qui venait d'apparaître et qui se terminait par un minuscule jardinet, un couple entrelacé.


Je me suis rapproché d'eux, jusqu'à les distinguer.


J'ai reconnu immédiatement la fille. C'était elle.

Le mec m'a semblé étranger ; il avait un comportement aimant, il la serrait dans ses bras, l'embrassait à n'en plus finir, et quand il ne l'embrassait pas, il la faisait rire.


J'ai commencé à courir, pour arriver le plus vite possible à eux, pour la dégager des bras de ce mec qui était en train de lui offrir ce que moi je n'avais pas su lui donner, pour la convaincre de revenir avec moi, et lui dire que je l'aimais, et puis pour casser éventuellement la gueule de celui qui voulait me la voler, s'il n'était pas trop fort, et lui prouver ainsi que j'étais celui qu'il lui fallait.


Quand je me suis trouvé à trois mètres d'eux, elle s'est retournée, m'a vu, a croisé mon regard pendant une demi-seconde, puis s'est engouffrée dans un chemin sur la droite et a disparu.


Je me suis trouvé face à celui qui la tenait dans ses bras quelques secondes plus tôt.

Je l'ai regardé attentivement, en me demandant ce qu'il pouvait avoir de plus que moi.

Cet homme là n'avait en réalité rien de plus que moi.

Cet homme là, c'était moi.


Life in a glasshouse.


Il avait les mêmes yeux que moi, les mêmes traits, les mêmes cheveux et la même coiffure, la même bouche et le même nez, la même taille et les mêmes vêtements.

Il avait exactement ce look d'étudiant de lettres qui veut se la jouer un peu dandy, et ce visage aigu, fermé.

Face à lui, ses yeux à quelques centimètres des miens, j'ai plongé mon regard dans le sien.

Je lui ai demandé qui il était, ce qu'il faisait là, pourquoi il était avec ma nana, pourquoi il était strictement comme moi, pourquoi elle le préférait à moi ; je me suis énervé comme jamais je ne m'étais énervé ; pour la première fois je me sentais vraiment concerné par ce qui m'arrivait.


Sa seule réponse était un silence complet, insupportable pour moi qui avais pourtant pris pour habitude de rester le plus mutique possible dans ma vie quotidienne.


Je me suis tellement mis en colère que je l'ai pris par les épaules, secoué et frappé inlassablement pour qu'au moins un cri de douleur s'échappe de sa bouche, même un gémissement, même une perte de respiration, mais il n'y avait rien. Il restait passif, incroyablement passif.


J'étais si près de ses yeux que je me suis vu dedans ; j'ai vu mon visage déformé par la colère, ma bouche grande ouverte intimant à l'autre l'ordre de parler ; je me suis vu actif dans les yeux de celui qui avait aujourd'hui le même comportement passif que moi quand j'emmenais mon couple à l'abattoir.


J'étais en train de secouer mon reflet, comme si j'avais plongé les mains dans un miroir pour en attraper l'image et la faire parler. Ce que je désirais, au fond de moi, c'était que ce reflet cesse de me renvoyer l'image de mon comportement. En restant face à moi tel que je restais le plus souvent face à elle quand elle s'énervait contre moi alors que je ne disais rien, il me poussait à devenir comme elle : engagé, préoccupé, soucieux, assoiffé de bonheur, amoureux.


Nous nous trouvions au bord d'une rivière sur laquelle se reflétait la lune ; excédé et désemparé, je l'ai poussé dedans ; pas plus qu'avant il n'a tenté de se défendre ni n'a dit le moindre mot, et il s'est laissé choir dans l'eau et sombrer dans l'obscurité de la rivière pour disparaître sous les flots, me jetant un dernier regard toujours aussi vide.


Sonné, j'ai repensé à elle. Je me suis engouffré dans le chemin qu'elle avait emprunté, jusqu'à en voir le bout. Il aboutissait lui aussi sur la rivière, au bout de laquelle on pouvait voir la lune, gigantesque et basse, comme émergeant de l'horizon, traversée par une multitude de voitures et entourée d'un milliard d'étoiles.


J'ai aperçu au loin une barque, conduite par une femme.


Pyramid Song

I jumped in the river and what did I see?

Black-eyed angels swimming with me.

A moon full of stars and astral cars

All the figures i used to see

All my lovers were there with me

All my past and futures

And we all went to heaven in a little row boat


There was nothing to fear and nothing to doubt




La chanson envahissait mes oreilles, le texte résonnait dans mes entrailles.


Alors j'ai plongé dans la rivière, et qu'y ai-je vu ?

Des anges aux yeux noirs nageaient avec moi ;

la lune était pleine d'étoiles et de voitures astrales.


J'ai rejoint le petit bateau à rames, regardé qui le conduisait ; je l'ai immédiatement reconnue.


Elle m'a invité à me joindre à elle, m'a aidé à me hisser à bord, m'a souri.

Je me suis assis face à elle, j'ai attrapé une rame, coordonné mes mouvements avec les siens pour nous faire avancer.

Bientôt nous n'avions plus qu'à nous laisser porter par le courant.


Je ne savais pas si j'étais avec l'original ou son double ; probablement qu'elle non plus ne savait pas lequel des deux sosies avait gagné contre l'autre au bord de la rivière, et lequel se trouvait face à elle à ce moment précis.

Je crois que nous nous en foutions tous les deux.

Je crois que nous étions heureux.


Nous étions entourés par la forêt, mais celle-ci a peu à peu changé d'aspect.

Les arbres en fil de fer se sont métamorphosés, leur tronc s'est illuminé d'une couleur dorée, reflétée par le feuillage de verre qui se trouvait par terre, et leurs branches métalliques devenues or se sont couvertes de petites feuilles ovales, blanches d'un côté et noir de l'autre, et en glissant dans les feuillages, le vent faisait briller les feuilles qui montraient alternativement leur côté noir et leur côté blanc pour créer un scintillement argenté, et certaines feuilles s'envolaient et dansaient dans les airs avant de se poser sur la surface lisse de la rivière, et la pluie s'est transformée en petit rais de lumière blanche et a continué de tomber sur nous chaleureusement, et la rivière a reflété toutes ces couleurs et s'est couverte d'une surface lumineuse où l'or et l'argent reflétés se sont mélangés en illuminant les profondeurs, dans lesquelles les gens que j'avais aimés me souriaient, dans lesquelles mes instants de bonheur avec elle m'apparaissaient, dans lesquelles tout mon passé refaisait surface, et dans lesquelles le futur se dessinait, rempli de joie et de tristesse et d'amour et de vie.


Le paradis était au bout de cette rivière.

Et nous y sommes allés dans un petit bateau à rames.
# Posté le lundi 16 octobre 2006 13:39

Mon Ennemi N°1

De toutes les personnes que j'ai pu critiquer depuis que je tiens cette page, le plus souvent avec un plaisir égoïste et onaniste — car je me masturbe régulièrement en me lisant, oui —, il en est une à laquelle j'ai oublié de consacrer un article complet, au grand désarroi de moult lecteurs, me permets-je de supposer.


Elle est pourtant celle qui devrait se trouver en première place dans ma ligne de mire, tant elle est détestable, que ce soit dans ses propos ou dans la manière dont elle les exprime.


Cette personne a la fâcheuse habitude — fachose diraient certains avec une pointe d'excitation — de ne jamais se remettre en question, y compris quand on pointe ses défaut du doigt avec l'acuité d'un rapace.


Cette personne consacre une partie de son temps à l'écriture, avec l'outrecuidance de penser qu'elle excelle dans ce domaine. Elle écrit un peu tout et n'importe quoi, la plupart du temps des conneries censées être drôles — et qui croient dur comme fer l'être —, parfois des bidules tentant vainement d'être émouvants, ou du moins touchants et tristes. Ce n'est pas tant le fait qu'elle les rédige qui est gênant, mais plutôt sa manie de les publier sur une page web, comme si ça intéressait des gens — alors que le grand public se fout de ce qu'elle peut raconter.


Sur la base de quelques commentaires d'internautes sympathiques, sûrement emplis de pitié, elle se permet carrément — voyez un peu l'insolence — de penser qu'elle est talentueuse et artiste. Or, quel crédit apporter à ces avis, bien souvent donnés par des gens qui ne savent pas conjuguer deux verbes — et pour cause, ceux-ci étant pour beaucoup des joueurs de jeu vidéo — ?


Cette personne est intimement persuadée qu'un jour elle publiera un livre composé des textes écrits jusqu'à maintenant, et qu'elle connaîtra le succès et la gloire et sera reconnue pour ses talents d'écrivain ; à ce niveau-là c'est de l'inconscience mais c'est pourtant authentique, il suffit de lire ses nombreuses remarques à ce sujet — vous ne pourrez pas les manquer, elles pullulent.


Vide de tout talent, fainéante comme c'est pas permis, elle se permet même d'écrire des machins reposant à 90% sur les textes d'autres auteurs, sans même s'en cacher, et elle prétend que ces galimatias sont des chefs d'½uvre, des aboutissements, comme si son génie s'y exprimait définitivement.


Elle oublie que le travail littéraire est justement une affaire de travail, de labeur ; elle oublie les enseignements de Rousseau qui, lui, bossait dur pour fournir au final des textes incroyablement chiants.


A 19 ans, excusez-moi, mais elle pourrait faire un tout petit peu mieux que ça. J'ai peu d'espoir qu'un jour elle écrive quelque chose de véritablement bon ; j'ai encore moins d'espoir qu'un jour elle se rende compte qu'elle n'écrira certainement jamais rien de bon.


Alors elle nous présente tout ça de manière définitive, comme si ça ne prêtait plus à discussion, alors qu'elle ferait sûrement mieux d'aller se cacher avec sa merde, de ne jamais la publier, et même, dans certains cas, de ne jamais l'écrire ; de se rendre compte, avant de commettre l'irréparable, que ce sera trop pour elle et son petit esprit incapable d'égaler ses maîtres à l'image de Desproges, qu'elle prétend sans cesse, avec une prétention horrifiante, égaler voire surpasser.


Prétentieuse, maladroite dans l'écriture et dans l'humour et dans l'émotion, il serait temps qu'elle cesse de se prendre au sérieux — à moins qu'il soit préférable que ses détracteurs cessent en premier lieu de la prendre au sérieux.


Mais gardez-vous bien de l'attaquer ! Si vous le faites, elle répliquera, parce qu'elle est congénitalement lâche, sur vos fautes d'orthographe éventuelles — habitude qu'elle a définitivement prise, il suffit de voir ses réponses aux derniers reproches qui ont pu lui être adressés pour se rendre compte que jamais elle ne répond aux arguments, trop forts pour elle sans doute.


Imbue de sa personne, égoïste comme elle le dit elle-même pour tenter une fausse provocation à consonance fascisante, elle n'acceptera jamais de faire face à ses défauts ; assez étrangement, et sans qu'on puisse véritablement comprendre pourquoi, elle cherche toujours à se défendre — réflexe conditionné par son amour propre et l'assurance qu'elle a du génie qu'elle porte en elle.


Sa manière de pourfendre ce qu'elle n'aime pas est particulièrement simpliste ; de fait elle pond le plus souvent un article où elle se place dans la tête de celui qu'elle n'aime pas pour lui faire dire des choses ridicules et le décrédibiliser — au final, pourtant, c'est elle qui se montre sous son jour le plus crétinisé.


Mais ne vous inquiétez pas ; le danger qu'elle représente n'est pas prêt de s'abattre sur la production littéraire ; elle en a elle-même conscience.


Elle sait qu'elle n'a pas écrit de chef d'½uvre, qu'elle n'en écrira certainement jamais, a fortiori alors qu'elle n'a que 19 ans ; que dans un an elle aura honte d'une bonne partie de sa production, qu'elle préférera n'en avoir jamais écrit une partie ; qu'elle n'est pas un écrivain, et encore moins un artiste.


Elle sait aussi que ce blog n'est pas un livre, pas un musée ; que tout ce qui s'y trouve n'est pas fini, que tout ce qu'elle publie est sujet à des modifications, à une réécriture ; qu'ici elle ne montre pas des produits finis mais des prototypes peu travaillés, des ébauches.


Elle sait qu'elle ne pourra pas s'accomplir dans l'écriture autrement qu'en écrivant, avec les risques que cela comporte, avec le passage obligatoire des erreurs de fond comme de forme ; qu'elle ne sera jamais Desproges, ni Bret Easton Ellis, ni Thom Yorke, mais pour elle il est vital d'écrire des textes se reposant beaucoup sur les talents de ces génies, pour commencer par les intégrer ; elle pense, peut-être à tort, qu'elle ne parviendra jamais à inventer si elle ne couche pas d'abord sur du papier tout ce génie qui l'impressionne en se l'appropriant d'une manière ou d'une autre — si tant est que ce soit possible —, et que personne n'écrit sans influences, parce que personne n'écrit sans avoir tout d'abord lu.


Elle considère comme utopiste cette idée qu'un écrivain se doit de tout réinventer, le fond comme la forme ; et que cette utopie, en admettant qu'elle soit accessible, ne le lui est pas pour le moment.


Elle sait qu'il est difficile d'écrire bien, mais elle ne désespère pas d'y parvenir un jour ; parfois il lui arrive, elle l'avoue, de penser, prétentieusement peut-être, que cet objectif ne lui est pas inaccessible.


Elle écrit comme d'autres regardent des films, font du sport, s'engagent dans des associations, défendent des causes, mènent des combats.


Le plus souvent elle est mécontente de sa production ; c'est la partie la plus facile.

Et parfois, oui, c'est vrai, elle aime ce qu'elle écrit.
# Posté le lundi 23 octobre 2006 18:04